Dune, de Frank Herbert

Le cycle de Dune, une histoire de science-fiction mystique et politique...

Le cycle de Dune, une histoire de science-fiction mystique et politique…

Préambule

Quand j’étais jeune adolescent, mes parents me firent voir un film télévisé qui passait alors à la télévision française (ou bien était-ce un des premiers DVDs de la famille ?), et je n’en avais gardé que l’aspect mystique ainsi que la vilennie de méchants qui s’habillaient en rouge et d’autres folles qui s’habillaient en nonnes… Et l’année dernière, j’achetai sur un coup de tête la totalité du cycle de Dune, juste après avoir revu ce téléfilm en DVD. Et curieusement, tout le kitsch de la série télévisée disparut miraculeusement. Enfin je discernais l’univers de Dune à ma convenance.
On ne sous-estime que trop souvent le pouvoir évocateur de l’écriture. Certains livres vous font rêver « à côté du livre », d’autres vous inspirent des réflexions intellectuelles… Et les meilleurs suscitent des rêves et des réflexions tout à la fois. Dune fait partie de ces trop rares livres, fascinants et intelligents tout à la fois, à condition qu’il nous parle.

Présentation

Le cycle de Dune est une série de quatre livres écrits par Frank Herbert, un auteur de Science-Fiction. Les trois premiers furent un succès total, accouchant même d’adaptations télévisuelles. Le quatrième… disons qu’il est trop abscons et abstrait. Les trois livres du cycle de Dune qui vaillent la peine d’être lus sont : Dune, puis Le Messie de Dune, puis Les enfants de Dune. Le quatrième est intitulé L’empereur-dieu de Dune et tout intellectuel qu’il soit, ne raconte presque rien de concret.
Dune est l’autre nom de la planète Arrakis, une planète désolée, une planète désertique, de sable et de rochers, où malgré tout des humains ont installé longtemps auparavant une colonie dont la mémoire se perdit tandis que les habitants peuplèrent l’endroit et s’y adaptèrent. La galaxie dans laquelle se trouve Dune est sous le contrôle d’un empire monarchique, un empire spatial. L’empereur Shaddam IV décide d’offrir à son fidèle Duc Letho Atréïdes l’autorisation de rattacher à son duché personnel cette Arrakis qui était jusqu’alors propriété du Baron Harkonnen. L’enfant du Duc Letho, Paul Atréïdes, est le fils d’une Dame Bene Gesserit, comme il est de coutume dans la plupart des grandes familles impériales. Ces Bene Gesserit sont une organisation de femmes, des « religieuses », pourrait-on dire, arrachées à leur famille d’origine et éduquées à la fois pour être des épouses nobles et pour maîtriser le pouvoir de la Voix. Point de Thu’um pourtant, mais une manière d’infléchir la voix humaine pour rendre absolue la maîtrise des effets de la rhétorique. Le Bene Gesserit est donc un centre de pouvoir crucial dans cet empire spatial.
A cela se rajoutent les Navigateurs spatiaux que personne n’a jamais vu, et qui utilisent l’Epice Gériatrique pour faire voyager leurs immenses vaisseaux transporteurs dans l’Espace-Temps. En bref, les seuls maîtres des voyages sidéraux à grande vitesse.
Et si vous avez bien suivi vous allez vite comprendre que le passage de Dune aux mains des Atréïdes est périlleuse : Arrakis, Dune, est l’unique endroit dans l’Univers où l’on trouve l’Epice Gériatrique, cette même épice utilisée par les Navigateurs, mais aussi à plus faible dose par les Bene Gesserit et la noblesse de l’imperium pour ses effets sur l’organisme et sur le vieillissement.
De vers des sables en Fremens, d’hommes de main Harkonnens en traîtres des Atréïdes, d’amis fidèles en ennemis jurés, de secrets absolus en parties d’échecs politiques, les Atréïdes auront fort à faire pour garder la maîtrise de Dune, donc de l’Epice.

Critique

La Science-Fiction surprend très souvent les lecteurs par son audace, par son originalité… Mais ce cycle est aussi bien une histoire de Science-Fiction qu’une histoire mystique ou qu’une histoire politique. Le rôle de l’Epice et ses effets auront un impact si grand sur la marche de la galaxie que petit à petit le jeune Paul Atréïdes deviendra… différent. Et cette différence induite par l’Epice est remarquablement montrée, jusqu’aux bords de la folie, à deux pas de l’omniscience. L’intelligence des complots se tramant dans le confort des palais impériaux est remarquable et bien plus abordable que la complexité ahurissante des calculs des familles nobles du Trône de fer (pour les curieux, voir le billet ici ). Qui plus est, le charme du livre est complété par un aspect très oriental de la culture des habitants de Dune allant jusqu’à appeler leur messie promis le Maha’di et leur prochaine guerre sainte le Jihad. Point pourtant d’islam là-dedans, mais un parallèle intéressant entre les deux cultures, l’une imaginaire, l’autre réelle, dont le principal point commun est que la dureté du désert fait la dureté des hommes.

La lecture du cycle de Dune est accessible à un adolescent du même âge qu’un jeune amateur du Trône de Fer. Comptez donc au bas mot dans les seize ans pour y avoir goût. Qui plus est il s’agit comme pour Le Seigneur des Anneaux d’une histoire initiatique aux accents de surpuissance d’un jeune homme devenu différent par ses expériences.
Le livre Dune se lit à peu de choses près aussi vite que la moyenne des livres de 400 à 500 pages. Le Messie de Dune et Les enfants de Dune se lisent plus vite car plus courts de format. Quant à l’Empereur-Dieu de Dune… Pour tout dire je n’ai pu le finir. Impossible de s’y retrouver  tellement les chapitres se ressemblent tous. Il tient plus de la réflexion philosophique sur les problèmes de la divinité que du roman de SF.

Conclusion

Qu’il s’agisse des téléfilms (les premiers ont peu de moyen mais sont très satisfaisants, les suivants sont bluffants) ou des livres, il s’agit de Dune, et Dune c’est une pierre angulaire de la Science-Fiction. Riche, complexe, intelligent, sensible, politique, mystique, initiatique… C’est ce qu’on peut attendre de mieux pour un roman si épais et si culte.On ne regrette pas même l’absence d’humour. Ce n’est pas le but du roman. Cette histoire fait partie des grandes histoires qui importent dans la vie d’un lecteur de Science-Fiction.
Méfiez-vous toutefois, la version Pocket de Dune le découpe en deux parties très inégalement faites et sans aucune logique. Néanmoins cette version plaira aussi. Le tout est une question de sous.

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