Les enfants de Hùrin (Narn I Chîn Hùrin)

Le lai des enfants de Hùrin est peut-être la seule histoire du Premier Âge qui soit lisible sans être un fan de Tolkien.

Le lai des enfants de Hùrin est peut-être la seule histoire du Premier Âge qui soit lisible sans être un fan de Tolkien.

Préambule

Pour une fois l’image de couverture du bouquin correspond très exactement à ce dont il est question dans le livre. J’ai toujours été traumatisé par l’illustration de couverture du Silmarillion en format poche ( le combat de Gandalf contre le Balrog, qui se passe dans le Seigneur des Anneaux et dont il n’est même pas fait mention dans le Silmarillion) ainsi que par l’illustration de couverture des Aventures de Tom Bombadil dans le même format (avec une magnifique illustration correspondant à Bilbo Le Hobbit). Comme quoi, parfois les éditeurs français savent corriger le tir. Ouf…  Coup de bol supplémentaire, cette histoire-ci n’a attendu sous cette forme qu’un an pour être traduite par l’éditeur français exclusif de Tolkien. Aussi le jour où je l’ai vue dans ma librairie favorite, je n’ai pas pu m’empêcher de l’acheter… Mais que voulez-vous, chacun a ses faiblesses.

Présentation

Le conte des Enfants de Hùrin (Narn I Chîn Hùrin) est sorti en 2007 en Angleterre et publié par Christian Bourgois en France en 2008. Or J.R.R. Tolkien est mort en 1973. C’est donc son fils qui s’est chargé de la publication du présent ouvrage et plus encore, de le mettre en forme. Les gens ayant lu le Silmarillion connaissent déjà l’histoire des enfants de Hùrin. Toutefois ces derniers seront peut-être aussi intéressés que les autres à l’idée de lire ce récent texte du monde de Tolkien. D’abord parce que le conte en soit fait 199 pages (plus une dizaine pour poser le contexte) : il s’agit donc d’un poids-plume dans le grand monde des textes de la terre du milieu. Ensuite parce qu’il est retravaillé et disponible sous une forme bien moins ardue à lire que dans le Silmarillion. Enfin, parce qu’il est illustré, même en version poche, par des travaux de Alan Lee (une référence en matière d’illustrations du monde de Tolkien) créés visiblement pour l’occasion.

Critique

Ce livre a nécessité le travail acharné de Christopher Tolkien pour lui donner une saveur et une apparence digne d’un vrai roman, bien qu’en la matière il soit si léger qu’il semble presque être une nouvelle écrite par le fils de Tolkien dans l’univers de son père. On saluera l’effort donné pour rendre cette histoire lisible sans connaissances particulières de la mythologie de Tolkien ; tout se tient sans l’appui d’aucun autre livre.
Ceux qui ont lu le Hobbit et le Seigneur des Anneaux n’auront aucun mal à lire Les enfants de Hùrin, lequel d’ailleurs ne nécessite guère davantage de maturité intellectuelle pour l’achever. Tout au plus le ton y est plus amer, plus adulte en un sens, et ce n’est pas une histoire initiatique comme le Hobbit ou le Seigneur des Anneaux. Cependant un adolescent peut sans problèmes l’achever, le ton et la narration de Tolkien se prêtant toujours aussi bien aux jeunes qu’aux adultes. C’est un curieux choix de lecture en apparence que de le lire ; bien moins connu que le Hobbit, le Seigneur des Anneaux ou même le Silmarillion, plus court qu’aucun autre livre estampillé « Tolkien » et teinté d’une amertume épique, il n’est certainement pas le genre d’histoire que l’on attend dans la Terre du Milieu. Pis que tout, l’action se passe dans une Terre du Milieu très différente de celle du Seigneur des Anneaux, dans des terres qui finiront immergées par un cataclysme apocalyptique bien avant qu’on entende parler des Hobbits.
Mais indéniablement, cette histoire est un moyen baroque de se promener dans l’imaginaire de celui qui créa un monde entier. Le ton épique est toujours présent, ainsi que le merveilleux et le terrible des créatures peuplant cette histoire, qui est avant tout l’histoire d’un héros aux exploits grandioses et à la vie tragique. Quoi que l’on pense, cet ouvrage apparemment mineur de Tolkien reprend les thèmes des classiques, des grandes histoires du temps où le monde était neuf, du temps où de grands exploits étaient possibles et loués à jamais.

Conclusion

Disposant des qualités des grands classiques des histoires chevaleresques, l’histoire des Enfants de Hùrin, toute mineure qu’elle soit, est une autre possible porte d’entrée dans le monde de Tolkien : moins longue que le Seigneur des Anneaux, plus grave que le Hobbit et de lecture bien plus aisée que n’importe quelle autre histoire de Tolkien, elle peut ravir aussi bien l’amateur exigeant que le simple curieux. Au passage elle offre à voir un aspect plus mélancolique du Professeur Tolkien, loin des contes initiatiques si positifs qui ont fait son succès.

Publicités