Ainsi parlait Zarathoustra

Le Zarathoustra de Nietzsche, l'orgueil de nombreux pédants à des kilomètres de comprendre de quoi il parle.

Le Zarathoustra de Nietzsche, l’orgueil de nombreux pédants à des kilomètres de comprendre de quoi il parle.

Préambule

Ainsi parlait Zarathoustra est un ouvrage obscur et rarement lu par d’autres personnes que des étudiants en philo et des moutons de Panurge adeptes du pédantisme littéraire. Je ne vous parlerai pas des méandres intellectuels de l’ouvrage, ni la signification complète de l’histoire, ni la puissance philosophique du livre qui, aujourd’hui encore, est une œuvre de premier plan dans le petit monde des philosophes contemporains, bien que ce monde puisse paraître plus grand qu’il ne l’est réellement tant il est délicat d’être un bon philosophe.

Présentation

Ouvrage le plus connu du célèbre Friedrich Nietzsche, le fameux philosophe allemand, Ainsi parlait Zarathoustra n’est pas qu’un simple essai philosophique, c’est aussi un texte d’une grande richesse poétique. Le livre se compose de nombreuses petites histoires à portée philosophique de quelques pages se finissant généralement par « ainsi parlait Zarathoustra » (des variations sur cette fin existent), rassemblées dans des parties plus grandes, elles-mêmes donnant corps à la grande histoire de la révélation prophétique de Zarathoustra, ou Zoroastre le prophète du zoroastrisme, l’ancienne religion de Perse. Zarathoustra quitte le monde agité des hommes pour se réfugier en ermite dans la montagne où il se découvrira des compagnons parmi les animaux, qui lui parleront et l’aideront à penser.

Critique

Je ne vais pas vous assommer de détails sur cet ouvrage du plus grand penseur ayant influencé le XXe siècle, d’une part parce que je n’y ai pas vraiment entravé tant de choses que cela, et d’autre part parce que ce que j’en ai compris ne suffirait pas à remplir des paragraphes complets. Alors je vais vous entretenir des qualités littéraires et poétiques du Zarathoustra, car s’il y a bien une qualité à ce livre, c’est celle de l’écriture : c’est fluide, ça semble léger et c’est pourtant riche en sous-entendus et sens cachés,  il existe des jeux de mots en allemand (explicités dans les versions de poche  en français dans la marge du bas) qui, si on maîtrise un peu l’allemand, sont comme de délicates friandises stylistiques, et surtout les figures de style utilisées pour servir le propos de Nietzsche nous plongent dans un curieux monde, celui de Zoroastre, celui des prophètes, celui des schizoïdes, où l’étrange se mêle au naturel et donne un sens à ce qui aurait pu n’être qu’une bizarrerie. La force littéraire de Nietzche est de nous mettre littéralement dans le contexte de Zarathoustra, ses envolées poétiques et dans l’étrangeté du monde quand on l’observe ; même à travers une scène totalement allégorique, Nieztsche nous fait entrevoir une partie au moins de sa conception du monde et de l’Übermensch, du Surhomme, de ce qu’il est, et de ce qu’il n’est surtout pas. Dans le style d’une sorte de récit prophétique dont il emprunte de nombreux codes, le Zarathoustra de Nietzsche nous apporte un peu ou beaucoup selon notre subtilité, notre intelligence, notre sensibilité à la philo mais aussi selon nos sensibilités littéraires, poétiques. Je me répète mais ne serait-ce que pour le style, ce livre est une perle rare.

Conclusion

Pour conclure je terminerai par une mise au point également contenue dans la version de poche de Ainsi parlait Zarathoustra. Non, Nietzsche n’était pas un horrible nazi. Sa propre sœur par contre aida grandement les nazis dans leur quête d’une culture à s’approprier, et ses écrits furent aussi détournés pour servir le nazisme que ceux de Goethe. Erich Eller disait de Nietzsche : « [il] fut à coup sûr l’anti-antisémite le plus radical de la littérature allemande depuis Lessing. »
Nietzsche avait une écriture claire, vive comme l’eau d’une source montagneuse jaillissant à peine de la roche, et profonde comme un océan.
Difficile de le résumer sinon comme un philosophe de la déconstruction des idées. Le Zarathoustra n’échappe pas à la règle et remet en cause absolument tout ce qui lui passe devant le nez. Même l’Übermensch n’est pas quelque chose de certain, sinon dans son inaccessibilité absolue, et pourtant il s’agit du cœur de ce livre.
Ainsi parlait Zarathoustra n’est donc pas un simple essai philosophique, abrupt comme Kant ni froidement logique comme Descartes. Il y a des sentiments dans ce livre, dont une grande part de déraison légère, maîtrisée par l’auteur, jouant avec les mots et les concepts comme un jongleur. Évidemment ce livre n’est pas accessible au tout-venant, mais chacun y trouvera quelque chose d’intéressant… A moins bien sûr de ne pas accrocher. Une chose est sûre : inutile d’en avoir peur.

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