La Communauté de l’Anneau (film)

La première partie du film de Peter Jackson, mais aussi la plus belle.

La première partie du film de Peter Jackson, mais aussi la plus belle.

Préambule

Tout le monde ou presque a déjà vu ce film…Tout le monde en tout cas a un avis dessus. Certains n’ont pas accroché, d’autres ont hurlé au blasphème, les derniers (les plus nombreux) ont hurlé au génie et sont repartis des étoiles dans les yeux. Je ne ferai pas mon Tolkiendil au sujet de ce film (ainsi que lorsque je parlerai des deux autres) parce que cet avis de fanatique reste infondé tant il est compliqué de rendre visible au cinéma un ouvrage pareil sans le dénaturer au passage, du moins si on a pour but de le rendre rentable. Un film ça coûte toujours plus cher à tourner qu’un livre à écrire. Et donc même si j’ai parfois des syncopes lorsqu’une entorse au Sacro-Saint Livre de Tolkien apparaît, je vais faire l’effort de me mettre dans la peau de celui qui a lu il y a longtemps le Seigneur des Anneaux, et qui n’a pas l’exigence d’un fanatique quant au respect du bouquin, tant que le film se maintient tout seul.

Présentation

Le film commence par le résumé de la première guerre de l’Anneau, entre les Elfes, les Hommes de Nùmenor d’un côté, les orques et Sauron de l’autre. Puis, une fois le contexte historique posé, le film commence par le commencement, la Comté et l’anniversaire des cent onze ans de Bilbon Sacquet. La suite de l’histoire suit plutôt précisément le déroulement du premier tome du livre, dont le film a hérité du titre.
Grand bien en fasse à Peter Jackson, le tournage de la Communauté de l’Anneau s’est passé simultanément au tournage des deux autres films, ce qui fit que dès la sortie du premier film, les deux autres films étaient déjà prêts, ce qui à coup sûr donnait une meilleure chance de cohérence des décors, des acteurs et de l’histoire. Confortablement installés dans nos fauteuils, sommes-nous prêts à avoir la claque cinématographique tant attendue ? Une chose est sûre, lors de sa sortie, c’était le film de l’année 2002, tout comme les deux autres furent les films des années 2003 et 2004.

Critique

Le premier film nous en met directement plein la vue dès les premières minutes : une bataille épique contre Sauron sur les flancs de la Montagne du Destin, musique à l’avenant, effets spéciaux détonants, pas de soucis on est dans du blockbuster. Le film, après un court résumé historique plantant donc le contexte, démarre tranquillement dans le pays bucolique de la Comté, et tout comme le bouquin, les choses démarrent tranquillement. Mais une ombre commence à passer au-dessus de nos héros, et une tension intervient. L’aventure commence.
Durant une heure trente, le film tisse une toile de peur, de terreur même, et de machiavélisme des forces obscures encore non-dévoilées. Certains passages firent palpiter les coeurs de salles de cinéma entières à l’unisson, l’on se prête alors à avoir peur pour nos héros, à trembler d’effroi devant les forces obscures qui les pourchassent et à espérer qu’ils arrivent à se sauver à temps. Puis vient à peu près le milieu du film. Les tensions de la première moitié du film cessent brutalement, un nouveau départ se prépare, avec une compagnie complète d’amis (la Communauté de l’Anneau), et les choses commencent à devenir plus épiques.  Si vous avez le DVD ou le Blu-Ray, vous voici arrivés à la fin du premier disque. Prenez le temps de vous faire une tisane (abricot-pêche-goyave, c’est ma préférée), de faire une pause-pipi, puis insérez le disque suivant et lancez ! C’est reparti pour une heure trente de plus.
La seconde partie a l’intelligence d’écourter les longueurs et les péripéties annexes pour aller droit à l’essentiel. De plans contrariés en monstres millénaires affrontés, de créatures des ténèbres en amis étranges, les héros nous apportent quelques beaux moments de frisson, de drames et de grâce (quitte parfois à en faire trop : mention spéciale à l’elfe-sniper-mitrailleuse-à-flèches que l’on retrouvera encore dans les autres films.). La terreur rencontrée dans la première partie a enfin disparu : les héros savent quel est leur destin, même s’ils ignorent comment y parvenir. Les serviteurs de l’Ennemi commencent à servir de créatures de farming pour les guerriers de la Communauté, histoire de monter d’un niveau ou deux dans les dernières scènes du film, et même si l’on déplorera la manière dont se termine ce premier tome cinématographique, à la manière dont on a décollé Louis XVI (à la guillotine donc), on ressort volontiers éblouis de cette vision de la Terre du Milieu. Les décors naturels néo-zélandais rendent à merveille la variété de la Terre du Milieu,  les effets spéciaux donnent lieu à des moments de féérie et impressionnent volontiers, tout en se fondant à merveille avec le décor.

Conclusion

Ce premier film n’est pas un grand film, mais il reste un bon film. Bon film d’évocations, car la force évocatrice de Tolkien qui fit du Seigneur des Anneaux un succès littéraire autant que commercial, est rendue avec brio par l’équipe de Peter Jackson, et pour cause la direction artistique a été attribuée conjointement à John Howe et Alan Lee dont je vous avais déjà parlé dans le billet sur le livre. Oui, artistiquement, c’est une claque. Et c’est là bien la qualité essentielle de ce film, ce qui fit de ce premier volet un succès. Le même jeu d’acteurs, le même scénario, le même rythme n’auraient pas valu un pareil succès sans le soin apporté à l’image. On voit là les gros moyens déployés à la mise à l’écran des descriptions de Tolkien.
Le jeu des acteurs est tout à fait honorable, bien que l’on vise en toutes choses le grand spectacle et pas le film d’auteur. On  regrettera que ce film soit surtout une balade en Terre du Milieu, comme qui dirait le lancement d’un moteur Diesel, le temps qu’il chauffe. C’est l’éternel problème du Seigneur des Anneaux ; on ne peut guère rendre à l’écran un livre pareil en un seul film, et le découpage rendra toujours le premier tome peu épique en comparaison des autres. Mais ne pleurons pas non plus sur le cas de ce premier film : il a le goût de jouer avec nos nerfs pendant la première partie, puis de nous éblouir jusqu’à nous donner envie d’en voir plus le plus vite possible.
On notera sa longueur exceptionnelle (3 heures), qui ouvrit la porte des salles de cinéma aux films de plus de 2h30. Ces trois heures ne sont pas lassantes si l’on prend la peine d’au moins faire une petite pause au changement de disque. Ce film a été approuvé pour toutes les audiences, mais ne prend vraiment son sens que passé l’âge de l’école primaire ; tout comme le livre éponyme, le film vise plutôt un public jeune (12-25 ans) tout en plaisant aux parents venus les accompagner. Ce n’est cependant pas un film pour Tolkiendili (les fanatiques de Tolkien), et les cinéphiles trouveront certainement beaucoup à redire tant il est vrai que le cinéma grand public n’est pas spécialement intellectuel… A ceux-là je répondrai que parfois on a juste envie d’un bon moyen de se détendre et non pas d’un machin à penser et repenser dans tous les sens pour le comprendre. J’aime les deux, chacun au bon moment.
Ce film reste mon préféré des trois tant il est vrai qu’il ne saccage pas trop ma foi fanatique et ma bible personnelle qu’est le Seigneur des Anneaux.
Une chose est sûre : depuis dix ans ce film n’a pas vieilli et reste largement au-dessus des productions hollywoodiennes auxquelles nous sommes habitués et qui ne m’encouragent guère à aller régulièrement au cinéma.

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